08/12/2025
(les 20 ans d’a+b=3 – moment clé N° 11) : Je pourrais continuer mais je réserve d’autres histoires pour nos 30 ans 😊 ! En 20 ans, l’environnement a changé : les boutiques informelles au Laos prennent désormais les paiements par QR code, tous les chauffeurs de tuc-tuc ont des téléphones smarts, les travailleuses domestiques de Hong Kong sont intéressées par les investissements en cryptoactifs… Pourtant – suivant mes observations ou les statistiques – il y a une chose qui n’a pas changé, malgré les millions investis en éducation financière et son inscription comme priorité nationale de la plupart des pays c’est l’endettement des ménages. Mais qui s’en étonnerait tant que l’éducation financière est en grande partie promue par les institutions financières pourvoyeuses de prêts, et que la consommation des ménages est une donnée essentielle du PIB, notre principal indicateur économique ? L’argent est un outil social, et l’éducation financière devrait nous aider à comprendre la complexité de nos transactions, leur impact social et les enjeux de pouvoir, et promouvoir l’éthique.
08/12/2025
(a+b=3’s 20th anniversary – Key moment 11): I could go on, but I'm saving other stories for our 30th anniversary 😊! In 20 years, the world has changed: informal shops in Laos now accept QR code payments, all tuk-tuk drivers have smartphones, and domestic workers in Hong Kong are interested in investing in cryptocurrencies... Yet – based on statistics and my observations – one thing hasn't changed, despite the millions invested in financial education and its designation as a national priority in most countries and that's household debt. But who would be surprised, given that financial education is largely promoted by the financial institutions that provide loans, and that household consumption is a key component of GDP, our main economic indicator? Money is a social tool, and financial education should help us understand the complexity of our transactions, their social impact, and the power dynamics involved, and promote ethical behaviour.
05/12/2025
(les 20 ans d’a+b=3 – moment clé N°10) : Au Cambodge, je me suis vite aperçue qu’une des difficultés majeures de la maîtrise du budget familial était… les multiples invitations aux mariages. Lors de formations au Burkina, ce sont les dépenses liées aux enterrements qui ont suscité des débats. Et ailleurs, les retards de paiement des salaires… Et la corruption, dont on parle peu mais qui a un vrai coût. L’éducation financière qui érige la gestion de l’argent en responsabilité individuelle est incapable d’apporter des réponses adéquates à ces problématiques sociétales malgré leurs poids sur les finances des familles. De même, on prône des choix « rationnels »… mais qu’en est-il de l’éthique ? Ne devrait-elle pas être au cœur de l’éducation financière ? (à suivre…).
05/12/2025
(a+b=3’s 20th anniversary – Key moment 10): In Cambodia, I quickly realised that one of the major difficulties in managing the family budget was… the numerous wedding invitations. During training sessions in Burkina Faso, it was the expenses related to funerals that sparked debate. And elsewhere, it was the delays in salary payments… And corruption, which is rarely discussed but has a real cost. Financial literacy programmes, which frame money management as an individual responsibility, are unable to provide adequate solutions to these societal problems despite their significant impact on family finances. Similarly, they advocate for "rational" choices… but what about ethics? Shouldn't ethics be at the heart of financial education? (more to come…).
03/12/2025
(les 20 ans d’a+b=3 – moment clé N°9) : j’ai été un jour contactée par une bénévole qui s’apprêtait à partir en Indonésie pour animer une formation en entreprenariat auprès de femmes dans un village. Elle n’était pas trop sûre comment introduire des concepts clés comme les 4 P. Son projet n’incluait aucune réalité du terrain (la famille qui achète sans payer, toutes les femmes qui vendent le même produit que leurs voisines, une économie en circuit fermé, l’absence de tenue de compte, etc.). Et si l’organisation qui finançait cette mission avait investi pour ouvrir des débouchés à cette communauté, ou donné l’équivalent (billet d’avion, hôtel, …) à ses femmes – à elles de voir ce qu’elles en feraient ? L’éducation financière n’est pas la solution à des difficultés financières structurelles. (à suivre…).
03/12/2025
(a+b=3’s 20th anniversary – Key moment 9): I was once contacted by a volunteer who was about to leave for Indonesia to lead an entrepreneurship training programme for women in a village. She wasn't quite sure how to introduce key concepts like the 4 Ps. Her project didn't consider any of the realities on the ground (families buying on credit without paying, all the women selling the same product as their neighbours, a closed-loop economy, the lack of bookkeeping, etc.). What if the organisation funding this mission had invested in creating market opportunities for this community, or given the equivalent amount (plane ticket, hotel, etc.) to these women – letting them decide what to do with it? Financial education is not the solution to structural financial difficulties. (more to come…).
01/12/2025
(les 20 ans d’a+b=3 – moment clé N°8) : Au tout début d’une formation de formateurs sur l’entreprenariat, à la question « qui a déjà travaillé à son compte ? », que ce soit à Kinshasa ou Phnom Penh ou ailleurs, il est rare que plus qu’une ou deux mains se lèvent. Donc là encore (voir billet précédent), je consacre la première partie de la formation de formateurs à leur donner un avant-goût de la création et la gestion d’une microentreprise. La création d’entreprise a le vent en poupe parmi les bailleurs de fonds. Ce n’est pas pourtant pas si simple, car la génération de revenus implique forcément la génération de dépenses… D’un côté on forme une communauté à dépenser moins, ouvrir un compte bancaire et épargner … et de l’autre, un autre programme incite cette même communauté à créer une entreprise… donc à encourager à la dépense. Si cette communauté vit en cercle fermé, on touche à l’absurde. La finance n’est pas une science… c’est un réseau de transactions. L’éducation financière et entrepreneuriale ne peut être individuelle, elle doit être sociale. (à suivre…).
01/12/2025
(a+b=3’s 20th anniversary – Key moment 8): At the very beginning of a training-of-trainers programme on entrepreneurship, when I ask the question, "Who has ever set up a small business?", whether in Kinshasa or Phnom Penh or elsewhere, it's rare that more than one or two hands go up. So, once again (see previous post), I dedicate the first part of the trainer training to giving them a taste of creating and managing a micro-enterprise. Entrepreneurship is all the rage among funders. However, it's not that simple, because generating income necessarily involves generating expenses... On the one hand, we're training a community to spend less, open a bank account, and save... and on the other hand, another programme is encouraging that same community to create a business... thus encouraging them to spend. If this community lives in a closed circle, it becomes absurd. Finance is not a science... it's a network of transactions. Financial and entrepreneurial education cannot be individual; it must be social. (more to come…).
28/11/2025
(les 20 ans d’a+b=3 – moment clé N°7) : Une des plus grosses difficultés auxquelles j’ai dû faire face est que les formateurs qui participent à nos formations de formateurs… ne gèrent pas leur argent non plus. Le premier jour de formation est donc consacré à leur donner les techniques de base et l’enthousiasme de noter leurs revenus et dépenses et faire leur budget. Et les autres jours, à leur montrer que ce qu’ils viennent d’apprendre pour eux… n’est sans doute pas la réponse aux problèmes de leurs participants. C’est en effet la capacité des formateurs à adapter des techniques de base aux problèmes de leurs participants qui fera la différence. C’est « l’empathie financière » qui fait la différence entre les formateurs : les meilleurs sont ceux qui, même s’ils gagnent un revenu fixe et travaillent en CDI, savent se mettre à la place de leurs participants qui n’ont pas d’idée si et combien ils gagneront demain. Une éducation financière « monolithique » et universelle est un leurre. (à suivre…).
28/11/2025
(a+b=3’s 20th anniversary – Key moment 7): One of the biggest difficulties I've faced is that the trainers who participate in our train-the-trainer programmes... don't manage their own money either. The first day of training is therefore dedicated to giving them the basic techniques and the motivation to track their income and expenses and create a budget. And the following days are spent showing them that what they've just learned for themselves... is probably not the answer to their participants' problems. It is, in fact, the trainers' ability to adapt these basic techniques to the specific problems of their participants that will make all the difference. It's "financial empathy" that sets trainers apart: the best trainers are those who, even if they earn a fixed income and have a permanent contract, know how to put themselves in the shoes of their participants who have no idea if or how much they will earn tomorrow. A "one-size-fits-all" and universal approach to financial education is an illusion. (more to come…).
26/11/2025
(les 20 ans d’a+b=3 – moment clé N°6) : a+b=3 est née en plein boom du microcrédit, et de son volet éducatif : la littératie financière. Après la crise de 2008, peu à peu, l’engouement s’est évaporé et les bailleurs de fonds se sont tournés vers les programmes d’autonomisation des femmes. Donc on nous a demandé de faire des programmes d’éducation financière pour les femmes exclusivement… même si lors d’entretiens préliminaires, les femmes indiquaient ne pas avoir le pouvoir de décision. Ce n’était pas un problème de connaissances mais de dynamique de pouvoir. Il est assez évident qu’après la formation, les participantes ne géreraient pas l’argent de la famille sur lequel seul leur époux avait la main. Pourquoi ne pas faire des formations pour les hommes, puis pour les couples ? L’argent des bailleurs de fonds dicte trop souvent les actions des organisations sur le terrain. (à suivre…).
26/11/2025
(a+b=3’s 20th anniversary – Key moment 6): a+b=3 was born during the microcredit boom and its educational component: financial literacy. After the 2008 crisis, the enthusiasm gradually faded, and funders shifted their focus to women's empowerment programmes. So, we were asked to develop financial education programmes for women only… even though preliminary interviews indicated that the women lacked decision-making power. It wasn't a problem of knowledge, but of power dynamics. It was quite clear that after the training, the participants wouldn't be managing the family finances, which were solely controlled by their husbands. Why not offer training for men, and then for couples? Funders' priorities too often dictate the actions of organisations on the ground. (more to come…).