01/12/2022
«On me reproche toujours mon manque d'expérience» : comment faire de sa jeunesse un atout ?
Par Lise Lohez le figaro
Près d'un Bac+5 sur cinq n'a toujours pas trouvé d'emploi un an après avoir été diplômé. Pourtant, la jeunesse représente un avantage à de nombreux égards, encore faut-il réussir à la mettre en valeur.
Agathe fait les comptes, calmement. Deux mois de recherche d'emploi, cinq offres correspondant à son profil, trois ou quatre entretiens, autant de refus. «On me reproche toujours mon manque d'expérience», regrette celle qui a obtenu en septembre son master en communication. « La dernière fois que j'ai postulé, l'entreprise a finalement recruté quelqu'un qui avait dix ans de métier. » Pas de quoi décourager la jeune femme : « J'ai des amis qui ont été embauchés dans mon domaine après huit mois de recherche, donc je m'accroche.»
Agathe n'est pas un cas isolé. Un an après avoir quitté le monde étudiant, 18% de ceux qui détiennent au moins un Bac+5 n'ont pas encore d'emploi, selon le baromètre 2022 de l'insertion des jeunes diplômés réalisé par l'Association pour l'emploi des cadres (Apec). Encore plus préoccupant : parmi les embauchés, plus d'un sur quatre estime que son poste actuel ne correspond pas à ses aspirations personnelles. Pour un sur cinq, il s'agit même d'un « job alimentaire ».
Comment déjouer les stéréotypes
Contrairement aux idées reçues, le « jeune cadre dynamique » n'est donc pas le profil que tout le monde s'arrache. La faute au manque d'expérience, de réseau, mais aussi à la subjectivité des entreprises. Puisqu'un junior dispose de moins de savoir-faire, « nos attentes vont surtout concerner le savoir-être », confirme Rémy Grosjean, chargé de recrutement à Atos, une société de services numériques.
Problème : les jeunes diplômés sont souvent desservis par les stéréotypes qu'on leur impute. C'est ce qu'a montré Jean Pralong, professeur en gestion des ressources humaines à l'EM Normandie, via une étude publiée en 2019. « Dans l'imagerie populaire, le jeune diplômé, c'est Gaston Lagaffe », explique-t-il. « Créatif mais paresseux, écolo mais dépensier, et inadapté au monde du travail, qu'il remet régulièrement en cause. » Ces clichés sont très présents dans la culture française, encore marquée par les révoltes étudiantes de mai 68. « Elles ont cristallisé l'opposition entre les générations », souligne Jean Pralong.
Résultat, les entreprises tricolores peuvent juger négativement les juniors, davantage qu'aux Pays-Bas, en Allemagne ou au Royaume-Uni.
Le premier défi du jeune diplômé est donc de déjouer ces préjugés. La ponctualité, la politesse et l'enthousiasme rassurent le recruteur.
Mais d'après Linda Viravagonvin, qui manage des ingénieurs débutants chez Sopra Steria, il existe une autre clé pour se démarquer : la confiance. « Beaucoup de jeunes diplômés sont en retrait, ils se disent qu'ils n'ont pas assez d'expérience », remarque-t-elle. « Sauf que nous voulons embaucher des personnes qui sont force de proposition. » Bien sûr, il ne s'agit pas de tomber dans l'écueil inverse, mais d'oser se mettre en avant tout en étant conscient de ses lacunes.
Ce syndrome de l'imposteur, Marlon le connaît bien. À la fin de ses études de droit de la propriété intellectuelle, le jeune homme s'est heurté à un marché du travail très tendu. « Le peu d'offres qui existait, je n'osais pas toujours candidater, parce que je n'avais pas l'expérience demandée », se souvient-il. Pendant un an et demi, il alterne entre chômage et petits contrats pas vraiment en rapport avec son expertise. « J'étais découragé et très frustré, parce que j'avais l'impression que mes années de théorie ne servaient à rien. » C'est finalement en répondant à une annonce pour laquelle il est sous-qualifié – les recruteurs demandent trois ans d'expérience, lui n'a que des stages à faire valoir – que tout se débloque. « Ils ont revu leurs exigences à la baisse, donc j'ai été embauché », se réjouit-il. Marlon en a tiré une leçon : parfois, l'audace paie.
C'est aussi l'avis de Caroline Badoz. Cette chargée de recrutement pour la société de services informatiques Acensi encourage les jeunes diplômés à valoriser leur personnalité et leurs compétences. « Il n'y a rien de pire qu'un CV vide », assure-t-elle. « Même si vous avez l'impression de ne pas avoir d'expérience, ce n'est souvent pas le cas. » Ainsi, préparer des soirées pour le BDE de son école reflète un bon sens de l'organisation, tandis que travailler dans un fast-food témoigne d'une première connaissance du monde de l'entreprise. De quoi décoller un peu l'étiquette Gaston Lagaffe.
Reste à présenter ces expériences dans un CV propre et lisible. « En tant que recruteur, je passe en moyenne dix secondes à lire un CV », révèle Rémy Grosjean. Pour mettre toutes les chances de son côté, il faut travailler la présentation et faire ressortir les informations les plus importantes, sans lésiner sur la catégorie loisirs. « On ne sait jamais, il est possible de rencontrer un recruteur qui a les mêmes centres d'intérêt » : encore une manière de susciter un jugement positif de sa part.
Travailler son réseau
Malheureusement, les jeunes diplômés n'ont pas la maîtrise complète de leur insertion. Le premier fautif est le marché du travail, très différent selon le poste recherché. Seuls 11% des Bac+5 ou plus en sciences technologiques n'ont pas d'emploi un an après leur sortie d'école, contre 37% de ceux qui détiennent au moins un Master en langues, lettres ou arts, d'après le baromètre Apec 2022.
Comment se démarquer sur des secteurs tendus, où les offres ne pleuvent pas ? « La première chose à faire, c'est de s'inscrire sur LinkedIn », recommande Caroline Badoz. Soit créer un profil, renseigner toutes ses expériences et remplir la rubrique « Compétences » avec des mots-clés spécifiques à la profession désirée. Sans oublier l'actualisation : LinkedIn fonctionnant par algorithme, les profils les plus souvent mis à jour sont aussi ceux qui sont davantage mis en avant. « Il ne faut pas non plus hésiter à poster un message pour dire que vous êtes en recherche d'emploi », ajoute Caroline Badoz. « Votre réseau le likera et vous allez grandir en visibilité », y compris auprès des recruteurs.
Attention également au marché caché. Tous les postes disponibles ne sont pas présents sur LinkedIn, Indeed et autres : il faut donc « être la première personne à qui l'entreprise pense dès qu'un emploi se crée », résume Aurélia Dine, consultante à l'Apec. Celle qui conseille de jeunes cadres sur leur carrière liste plusieurs solutions pour se faire connaître : stage, immersion d'une à quatre semaines en entreprise, candidature spontanée, rencontre de professionnels via des conférences… « Vous pouvez aussi créer le contact sur LinkedIn, en demandant à un recruteur s'il a quelques minutes pour vous donner son avis sur votre projet », propose-t-elle. « C'est l'occasion de dire que vous êtes disponible au cas où un poste se libère. »
La patience reste le maître-mot de cette recherche d'emploi. Car si le temps semble long, il faut garder à l'esprit que les sociétés ont intérêt à recruter de jeunes diplômés. D'abord parce qu'ils sont souvent plus flexibles en termes de salaire, d'horaires et de mobilité géographique. S'agissant d'un premier emploi, l'entreprise peut aussi les modeler à son image. Enfin, leurs connaissances sont à jour, et enrichies de nouvelles théories étudiées sur les bancs de l'école. « Les jeunes apportent un regard neuf, ce sont eux qui montrent les tendances », assure Linda Viravagonvin. Amusée, elle concède : « Sans eux, nous n'évoluerions pas beaucoup. »