16/06/2026
ISOUTENANCEI Louise Behe soutiendra sa thèse intitulée « Les mises en relief : diversité ou unité ? Étude sémantique de quelques marqueurs "intensifs" », demain mercredi 17 juin 2026 à 14h, à l’EHESS, en salle A07_37 (54 bd Raspail, 75006 Paris, bâtiment A, 7e étage)
Les personnes qui souhaitent assister à la soutenance sont invitées à se rapprocher de la candidate : louise.behe(((@)))ehess.fr
Jury :
• Mme Marion Carel (Directrice de thèse), EHESS
• Mme Anouch Bourmayan, Sorbonne Université
• M. Marco Fasciolo, Sorbonne Université
• M. Jan Goes, Université d’Artois
• M. Jacques Jayez, ENS Lyon
• Mme Corinne Rossari, Université de Neuchâtel
Résumé de la thèse :
Cette thèse propose de s’interroger sur un phénomène au cœur de nombreuses théories linguistiques, généralement considéré comme le reflet d’une relation d’ordre sémantiquement ou pragmatiquement construite au sein d’un énoncé : le phénomène « intensif ». En effet, c’est bien la gradualité qui régit le sens des énoncés étudiés par la logique floue et qui permet de délimiter l’appartenance des items à leur catégorie dans la théorie du prototype ; c’est elle qui constitue selon les structuralistes un paramètre structurant du système langue ; c’est elle qui est à la base de la relation entre argument et conclusion dans la théorie argumentative des Topoï. Pourtant, ce phénomène « intensif » est difficilement délimité, et semble difficilement délimitable. Critique de la conception du phénomène « intensif » comme relevant d’une unique relation d’ordre, nous faisons l’hypothèse, qu’il résulte d’une contrainte sur la détermination des termes argumentativement importants au sein des énoncés – influant ainsi sur le sens des contenus posés. Nous confrontons cette hypothèse à l’étude de trois opérateurs : même, très, et les antéposés vrai, pauvre, simple, pur, et brave. Nous utilisons pour ce faire la Théorie des Blocs Sémantiques, qui nous permet de proposer une analyse de ces marqueurs de la mise en relief – terme qui n’introduit pas de présupposés particuliers quant à la nature du phénomène, bien que supposant toutefois son unité – sans mobiliser la variation graduelle comme outil théorique.
Nous identifions plusieurs phénomènes. Tout d’abord, une opération introduite par très, même, et d’autres opérateurs traditionnellement considérés comme « intensifs » : la caractérisation. Observable grâce à notre outil théorique – qui distingue plusieurs rôles au sein de l’énoncé – la caractérisation est une opération qui contraint le(s) segment(s) sur le(s)quel(s) « porte » le marqueur à prendre un certain rôle dans la construction du contenu posé de l’énoncé. Nous identifions également des phénomènes dont l’effet peut parfois ressembler à l’instruction que donne la caractérisation : c’est ainsi que fonctionnent vrai, pauvre, pur, simple et brave en antéposition. Nous identifions enfin un phénomène de cohésion textuelle, permis par l’emploi de même : le co-pointage.
Nos descriptions nous permettent de distinguer de multiples explications du « sentiment d’intensité », variables selon l’opérateur considéré. C’est à la caractérisation que nous imputons celui associé à l’adverbe très – dépendant alors de la manière dont le contenu posé par l’énoncé est montré se construisant. Pour ce qui est de même, trois hypothèses sont envisageables : la caractérisation ; la contrainte présuppositionnelle que cette caractérisation introduit ; mais également le co-pointage, permettant de développer de deux manières différentes la signification d’une forme linguistique particulière. Enfin, vrai, pauvre, pur, simple et brave n’introduiraient de « sentiment d’intensité » que lorsque leur effet ressemble à l’instruction donnée par très. Dans certains cas, toutefois, ce « sentiment d’intensité » imputable à leur ressemblance à la caractérisation se couplerait avec une contrainte particulière sur les présupposés argumentatifs. Par ailleurs, nous identifions certains termes qui disent l’excès ou l’abus – ce qui serait pris, lorsqu’ils sont évoqués en discours, pour de l’intensité. Cela nous permet alors de conclure sur la nature du phénomène de mise en relief : tout comme la distinction entre le fonctionnement de nos trois marqueurs, la distinction entre plusieurs sources potentielles du « sentiment d’intensité » nous permet de conclure qu’il n’existe pas un unique phénomène de mise en relief mais plusieurs phénomènes pouvant introduire ce sentiment, dont la nature peut être imputée à divers paramètres. Nous abandonnons donc cette étiquette unifiante n’ayant pas lieu d’être, au profit des phénomènes que nous avons identifiés : la caractérisation, l’internalisation, l’excès dit ou pointé.