22/06/2026
Les auditeurs de la promotion 2026 de l'École Thomas More ont eu le plaisir de recevoir Charles Sapin, journaliste politique au Point, sur l'avenir des droites dans la perspective de l'élection présidentielle de 2027 :
👉 La fin du macronisme amène la fin d’un clivage qu’on a connu en France pendant dix ans, qui est celui entre forces libérales pro-européennes et forces populistes. On voit désormais réapparaître dans le débat public un nouveau clivage droite-gauche. Mais, contrairement à celui qu’on a connu auparavant, ce nouveau clivage droite-gauche ne situe plus sur les questions sociales mais sur des questions identitaires.
La question du mode de vie est centrale : entre une partie des Français qui s’estiment héritiers de traditions, d’un mode de vie qu’ils tiennent de leurs parents et de leurs grands-parents et qu’ils aimeraient transmettre le plus intact possible à leurs enfants, et une autre partie de la société qui assume de vouloir mettre à bas ce mode de vie parce qu’il l’estime xénophobe, antiécologique et rétrograde.
On voit ainsi se redéfinir une nouvelle droite et une nouvelle gauche, plus identitaires. Et lorsque le clivage est identitaire, il est beaucoup plus éruptif.
👉 La constitution de ce nouveau clivage droite-gauche sur la question du mode de vie se concrétise dans les différents électorats de droite. Depuis plusieurs années, on voit l’électorat traditionnel des LR se durcir sur les questions régaliennes, d’identité, d’immigration. Sur la question du nombre d’étrangers en France, par exemple, il se rapproche très fortement de l’électorat RN. Symétriquement, on voit les électeurs RN se rapprocher de l’électorat LR sur les questions économiques. Une part de plus en plus large d’entre eux le rejoint par exemple sur la question de l’assistanat et de l’Etat obèse et impuissant.
On voit ainsi une conjonction des électeurs LR et RN sur un certain nombre de thème à la fois régaliens et économiques. Cette conjonction forme un bloc, un « peuple de droite » de plus en plus cohérent et homogène.
👉 Du fait de cette convergence entre les électorats LR et RN, l’« union des droites » dans les urnes n’est pas absurde en soi. Mais, ce qui me paraît plus compliqué, c’est l’« union des droites » des partis. On observe l’union des droites, en réalité, dans des pays qui ont des modes de scrutins proportionnels, qui obligent aux alliances. Ce n’est pas notre cas.
On voit mal, pour des raisons historiques, politiques et stratégiques, le parti LR décider de soutenir le RN puisque le rapport poids/puissance entre les deux forces est tellement disproportionné que ce serait l’assurance pour lui de disparaître.
De l’autre côté, le RN ne voit pas l’intérêt à s’allier avec LR, avec qui il est en lutte depuis de nombreuses années. Il est en position de force, il n’a pas besoin de s’allier avec lui pour conquérir le pouvoir. Ce qu’il veut, ce n’est pas sauver LR, c’est le supplanter et le remplacer.