24/05/2026
L'OCCASION D'ÉCOUTER LES ESPRITS LES PLUS BRILLANTS ET LES PLUS COMPÉTENTS.
Le 23 Mai 2026 à 20h30, heure de Moroni, nous accueillons parmi les premiers instruits en occident de notre communauté, pour discuter du statut actuel et de l’avenir de l'éducation comorienne.
1) Le Dr Zile Soilihi, brillant étudiant comorien des années 1960, Premier Bachelier de la série C du Lycée Saïd Mohamed Cheikh, avant même l'indépendance des Comores.
Premier comorien à intégrer une classe préparatoire aux grandes écoles de maths sups, maths spé, il obtient son diplôme d’ingénieur d’électronique option électrotechnique, électricité industrielle en 1977 et un doctorat de mathématique en 1981.
Expert et conférencier international spécialiste de l’innovation, de l’intelligence économique et de la croissance des entreprises et des territoires, Zile Soilihi est un ancien directeur innovation et croissance de la chambre de commerce et d’industrie de Marseille Provence.
2) Le professeur Mohamed Loutfy un grand écrivain et penseur comorien. Enseignant depuis plus de 25 ans, passionné par la langue, la culture et la civilisation de notre pays, il est l'auteur de plusieurs best-sellers.
3) Le Dr Amir Aboubacar, de renommée mondiale, est un jeune docteur en mathématiques et spécialiste en statistiques. Président de l'Association UONI, il est régulièrement invité dans de nombreuses universités à travers le monde, notamment en Allemagne, aux Émirats arabes unis, aux États-Unis et au Gabon.
Professeur en poste à l'université de Rouen, il a enseigné à l'université de Belgique, Lille en France et enseigne.
Il maîtrise le système éducatif comorien et ses institutions, tant publiques que privées.
- Premier Comorien à avoir soutenu une Habilitation à Diriger des Recherches (HDR) et un des tout premiers docteurs comoriens avec une thèse soutenue si jeune.
- Premier Comorien à encadrer la thèse de doctorat d'un étudiant comorien
(probablement même le premier Comorien à encadrer une thèse)
- Plusieurs conférences scientifiques internationales depuis 15 ans, Implication depuis 2012 dans des activités de l’université des comores et de soutien à la recherche comorienne: mise en place d'une formation en statistique et coordination du projet de création d'un laboratoire de mathématiques à l'Université des Comores.
Nous avons invité les trois éminents à venir discuter de l'éducation comorienne, MSOMO le 23 Mai 2026.
En ce moment, l'Humain en général, les Africains y compris les Comoriens en particulier traversent une tragique période, la plus dangereuse de l'histoire de l'homme de notre siècle, et chaque jour les choses empirent.
L'éducation pour une nation devait se concentrer sur la réponse aux trois questions suivantes:
1) Que doit-elle faire ensemble, la population d’une communauté pour améliorer leur bien-être?
2) Quelle est l'importance d'une frontière les distinguer des autres?
3) Que se doivent-elles les unes aux autres?
Alors, à partir de ces trois questions, que fait ce qu'on appelle l'Education comorienne aux Comoriens? Qu'est-il déjà arrivé à notre peuple au cours des 51 dernières années de cette soi-disant indépendance? Et que deviendrons-nous dans les 50 prochaines années?
Permettez moi de vous illustrer une situation contemporaine qui mérite d'être analysée: En juin 2025,j’ai rencontré à Ngazidja, une mère de deux enfants de 8 et 10 ans d’une quarantaine d'années, qui n'est jamais venue en France.
Elle a fréquenté une école laïque jusqu’au niveau terminale sans avoir obtenu le baccalauréat. Elle a fait, principalement, des études islamiques et arabes. J'ai été surpris de constater que ses deux jeunes enfants ne parlent pas le comorien ; ils ne parlent que le français aux Comores.
Actuellement, l'Amérique, la seule superpuissance mondiale, est dirigée par un extrémiste de droite, Donald J. Trump qui entame son second mandat.
Le slogan de son premier mandat était: «L'Amérique d'abord».
Et pour ce second mandat, il a fait campagne avec le slogan «MAGA», un mot de quatre lettres signifiant « Rendre sa grandeur à l'Amérique ».
Il a lancé tant de programmes et d'idées terrifiantes, de telle sorte que le monde entier est en pleine mutation. En moins de 24 mois, il a mis à l'épreuve non seulement l'establishment politique américain, mais le monde entier, et le monde ne sera plus jamais le même.
Il a déclaré : «I am going to DC to drain the swamp”/Je vais assécher le marécage».
Aux États-Unis, dans les milieux politiques, médiatiques et universitaires, cette expression désigne la réduction de l'influence des groupes de pression et des lobbyistes.
Il agit effectivement en ce sens, mais j'ignore si c'est pour le bien commun américain ou pour servir son propre empire industriel. Je laisse le soin aux Américains d'en juger. Ce qui est certain, c'est qu'il est intransigeant, hostile et partisan d'une logique de jeu à somme nulle.
Le 4 septembre 2025, il a publié un document intitulé Stratégie mondiale de santé: l'Amérique d'abord. Le préambule du document est signé par l'un de ses plus fervents conseillers, Marc Rubio, secrétaire d'État américain. On pouvait lire à la page cinq: «Nous devons préserver les points forts de nos programmes d'aide étrangère en matière de santé tout en corrigeant rapidement leurs dysfonctionnements – et cette stratégie propose un plan précis à cet effet. Nous détaillons une stratégie de santé mondiale «L'Amérique d'abord» qui utilise la diplomatie sanitaire mondiale et l'aide étrangère pour rendre l'Amérique plus sûre, plus forte et plus prospère.
Nous présentons une vision mettant fin aux inefficacités, au gaspillage et à l’interdépendance de notre système actuel.
Nous proposons en remplacement une vision positive d'un avenir où nous enrayons les épidémies avant qu'elles n'atteignent notre territoire, concluons des accords bilatéraux solides qui promeuvent nos intérêts nationaux, à exporter l'innovation américaine en matière de santé dans le monde entier.»
Avant d'aller plus loin, je tiens à rappeler que ce même Trump, fervent partisan du mouvement MAGA, a pris l'une de ses premières décisions en rompant la collaboration américaine avec l'OMS (Organisation mondiale de la santé).
Dans un message publié sur le site officiel de la Maison Blanche, annonçant le retrait des États-Unis de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) le 20 janvier 2025, et concernant ses critiques à l'encontre de l'OMS, la publication affirmait:
«L'incapacité de l'OMS à démontrer son indépendance face à l'influence politique inappropriée de ses États membres ».
Selon notre enquête, les Comores sont en voie de signer cet accord avec le gouvernement MAGA. Trump a déclaré que, pour garantir le succès de sa stratégie de santé mondiale, les États-Unis enverront 1 500 experts de la santé chargés de détecter toute pandémie ou tout problème de santé mondiale et d'en rendre compte aux États-Unis dans un délai de sept jours. Ce qui signifie que ces 1 500 agents américains seront chargés d'espionner tous les pays signataires de ce document.
Ils collecteront en temps réel toutes les informations sanitaires concernant les populations africaines et les intégreront à un système de données américain, exclusivement destiné au gouvernement américain.
La surveillance et le contrôle des pandémies africaines par le gouvernement américain, via ses 1 500 experts de santé américains déployés dans le monde entier, constituent le premier pilier.
Le deuxième pilier du document de stratégie sanitaire mondiale de Trump, à la page 17, intitulé: «Rendre l'Amérique plus forte».
Il est expliqué que cela signifie « tirer parti du leadership américain en matière de santé mondiale pour concurrencer la Chine». Ainsi, les Africains sont les clients, leur santé est le besoin, les soi-disant… Les experts et les politiciens africains sont les garants de la sécurité.
Notre continent est le théâtre de la rivalité politique entre l'Ouest et l'Est. Les malades, les pandémies africaines et le système de santé africain sont perçus comme des machines à aspirer les richesses de l'Occident et de la Chine.
Le bien-être des Africains en général, et celui des Comoriens en particulier, est relégué au second plan.
Le troisième pilier de la stratégie de santé mondiale MAGA de Trump s'intitule «Faire prospérer l'Amérique». Il explique comment les entreprises américaines vont «distribuer des médicaments à des millions d'Africains pour des milliards de dollars dans un avenir proche».
De l'autre côté de l'Atlantique, l'Europe en général, et la France en particulier, mènent le pillage de l'Afrique; ce projet est connu sous le nom d'EuroAfrique.
L'Union européenne a été fondée la même année que le Ghana proclamait son indépendance, le même mois, en mars 1957.
L'histoire officielle et officieuse de l'UE tend à présenter ces événements fondateurs comme s'ils étaient liés. Selon la tradition, ces deux événements étaient des manifestations du nouvel ordre mondial apparu dans les décennies qui ont suivi la Seconde Guerre mondiale.
Les États d'Europe occidentale ont renoncé à leurs prétentions à la domination impériale, lorsqu'ils n'ont pas été tout simplement vaincus par les mouvements anticoloniaux, politiques et militaires.
En conséquence, après la guerre, les États européens ont opté pour la coopération intra-continentale, mettant ainsi fin aux rivalités nationales qui avaient alimenté les deux guerres mondiales et reconstruisant leurs sociétés et économies nationales ravagées par la guerre en coordonnant leurs ressources naturelles et en renforçant la circulation interne des biens, des capitaux et de la main-d'œuvre.
-“La Communauté est consciente que le rythme rapide des changements en Afrique remet en cause certains des fondements de son programme initial d'association entre la CEE et les pays africains.
Elle est également consciente de l'importance des enjeux et s'efforce de restructurer son programme en fonction des nouveaux besoins. […] Si elle y parvient, son rôle historique dépassera largement ses seules réalisations en Europe”.
-Émile Benoît dans son ouvrage L'Europe à six et sept: Le Marché commun, l'Association de libre-échange et les États-Unis* (1961).
«Le traité a été rédigé à une époque où les métropoles européennes rejetaient l'idée d'une décolonisation rapide, si bien qu'il n'était fait aucune mention de l'éventuelle accession à l'indépendance souveraine par l'État associé, sauf dans le cas du Somaliland. »
-Carol Ann Cosgrove, dans l’ouvrage « Le Marché commun et son héritage colonial », Journal of Contemporary History, vol.4, n° 1.1969.
En 1929, Richard Coudenhove-Kalergi, figure de proue du paneuropéanisme, affirmait: «L’Afrique pourrait fournir à l’Europe les matières premières nécessaires à son industrie, la nourriture pour sa population, les terres pour sa surpopulation, la main-d’œuvre et les marchés pour ses produits.»
Mesdames et Messieurs, chers lecteurs, face à ce contexte et à bien d’autres facteurs qui déterminent le sort de l’Afrique continentale et des Comores, que pensent, quelles sont les positions d’Amir Aboubacar, de Mohamed Loutfy et de Zile Soilihi? Proposer un antidote? C'est le sujet de la discussion ce soir.
Le philosophe Gilles Deleuze a dit: «Il n'y a rien de plus terrible et de plus terrifiant que d'être prisonnier des rêves des autres.»
Le 29 avril 2026, le roi Charles III d'Angleterre prononça son premier discours au Sénat américain, et parmi ses déclarations: «Les Pères fondateurs étaient des rebelles audacieux et imaginatifs, animés par une cause.
Il y a deux cent cinquante ans, ou, comme on dit au Royaume-Uni, «il y a quelques jours à peine», ils proclamèrent l'indépendance.
En équilibrant les forces en présence et en puisant leur force dans la diversité, ils unirent treize colonies disparates pour forger une nation sur l'idéal révolutionnaire de la «vie, de la liberté et de la recherche du bonheur ».
Ils portèrent en eux, et perpétuèrent, le grand héritage des Lumières britanniques, ainsi que les idéaux qui puisaient leurs racines encore plus profondément dans la common law anglaise et la Magna Carta.
Ces racines sont profondes et toujours vivantes. Notre Déclaration des droits de 1689 a non seulement fondé notre monarchie constitutionnelle, mais a aussi inspiré nombre de principes repris, souvent mot pour mot, dans la Déclaration des droits américaine de 1791. »
Au cours du discours du roi, à la 12e minute, après avoir mentionné la Magna Carta comme l'unique source de sagesse et l'idéal de civilisation et de constitution occidentales, il fut applaudi pendant plus de 20 secondes.
Mais saviez-vous que l'humanité avait déjà défini les droits humains bien plus tôt?
À titre de comparaison, la Magna Carta de 1215 fut promulguée à la même époque sur le continent africain par un souverain de l'empire mandingue, Soundjata Keïta, fondateur de l'Empire du Mali.
Au début du XIIIe siècle, suite à une importante victoire militaire, le fondateur de l'empire mandingue et l'assemblée de ses sages proclamèrent à Kurukan Fuga la nouvelle Charte mandingue, du nom du territoire situé au-dessus du bassin supérieur du fleuve Niger, entre la Guinée et le Mali actuels. Cette charte qui est l'une des plus anciennes constitutions au monde, selon l'UNESCO, comprend un préambule et sept chapitres prônant la paix sociale dans la diversité, l'inviolabilité de la personne humaine, l'éducation, l'intégrité de la patrie, la sécurité alimentaire, l'abolition de l'esclavage par razzia, ainsi que la liberté d'expression et de commerce.
Bien que l'Empire ait disparu, les textes de la Charte et les rituels qui y sont associés se transmettent encore oralement de génération en génération, de manière codifiée, au sein des clans malinkés.
Cette empire s'étendait sur des parties des actuels Sénégal, Mali, Burkina Faso, Côte d'Ivoire et Mauritanie.
Afin de garantir de bonnes relations entre les différents groupes ethniques et une coexistence pacifique entre l'islam et les cultes traditionnels, l'empereur Keïta avait besoin d'un ensemble de principes.
L'ensemble de ces principes a constitué la Charte de Manden.
Charte de Manden: dès le XIIIe siècle, l'Empire du Mali définissait les droits humains parmi les 39 règles, rédigées dans une langue africaine, dont voici un extrait:
« Toute vie humaine est une vie. »
«La faim n'est pas une bonne chose. L'esclavage non plus», stipule la Charte, entre autres. «Toute vie humaine est une vie.
Nul ne doit nuire à son prochain.» Et aussi: «Chacun est libre d'agir comme il l'entend. Chacun a droit au fruit de son travail.»
La Charte de Manden inclut ainsi des aspects tels que le droit à la vie, la liberté individuelle, l'égalité, la sécurité alimentaire, l'harmonie sociale dans la diversité, ainsi que la liberté d'expression et d'entreprise.
C'est pourquoi elle constitue l'une des plus anciennes références en matière de droits humains.
Ce n'est pas un hasard si l'UNESCO figure sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l'humanité.
Nous sommes au XIIIe siècle. Mais 2000 ans auparavant, des Africains ont élaboré les premières idées philosophiques, reprises ensuite par les philosophes grecs. Parmi les philosophes africains:
-Ptahhotep (2414 av. J.-C.) est reconnu comme le premier philosophe africain à avoir produit un enseignement éthique sur le vieillissement. Prêtre érudit d'une immense influence, ses enseignements et sa philosophie ont résonné à travers les âges, grâce à sa connaissance approfondie des conditions de la noblesse et à son observation des affaires d'État.
-Le sage Kagamni (2300 av. J.-C.), un Africain noir, est considéré par certains comme le premier maître de l'éthique. Il parlait exclusivement une langue africaine, s'efforçant d'inciter les êtres humains à agir avec bienveillance.
Il considérait le service désintéressé comme un moyen de plaire à Dieu et croyait en la compassion et le respect de toute créature.
-Marikare (1990 av. J.-C.), un Africain noir parlant exclusivement une langue africaine, est considéré comme le philosophe de la communication. Il a écrit sur l'importance de bien parler et sur le rôle essentiel du bon sens dans les relations humaines.
Son enseignement classique sur l'art de bien s'exprimer a été consigné et transmis de génération en génération.
-Sehetepibrê (1991 av. J.-C.), un Africain noir parlant exclusivement une langue africaine, est surnommé « le loyaliste » par la plupart des érudits.
Mze Sehetepibrê fut l'un des premiers philosophes nationalistes, bien que résolument royaliste en ce sens qu'il croyait au pouvoir des rois.
Il encourageait la loyauté et l'allégeance au roi et se citait souvent en exemple, ayant atteint de hauts sommets en suivant ses propres conseils.
-Amenemhat (1991 av. J.-C.) était un Africain noir ne parlant qu'une langue africaine. On le considère comme un philosophe prudent, voire cynique.
Mze Amenemhat fut le premier philosophe kémétique à exprimer une vision cynique des proches et des amis, avertissant les dirigeants qu'ils devaient se méfier de leur entourage.
Selon le Dr Molefi Ket Asante, directeur du département d'africologie de l'Université Temple aux États-Unis, aucun philosophe cynique n'a été recensé avant Mze Amenemhat.
Le professeur Mohamed Loutfy et Amir Aboubacar et son armé de membres de l'Association UONI accepteraient-ils un jour d'enseigner aux enfants africains, à travers toute l'Afrique, la Charte de Manden plutôt que la Magna Carta? Promouvraient-ils les civilisations africaines?
Amir Aboubacar et Mohamed Loutfy oseraient-ils s'opposer à l'éducation eurocentrée qui, par un lavage de cerveau, ne fait que glorifier les étudiants européens auprès des maîtres africains?
Des personnalités comme Socrate, Platon, Aristote et Pythagore, entre autres, ont voyagé en Afrique pour étudier auprès des Africains.
Pourtant, on nous dit aujourd'hui, avec une ironie mordante, que ces étudiants, apparus entre 300 et 500 avant J.-C., étaient les inventeurs de tout. Quelle farce!
Devrions-nous rêver, pour les cinquante prochaines années, d'africaniser et de comorianiser l'éducation africaine, c'est-à-dire la pensée africaine?
Tel est le défi que doivent relever le Dr Amir Aboubacar, le professeur Mohamed Loutfy et le Dr Zile Soilihi.
Marahaba Mendji
EQUIPE NYAMBANI FM SOMA, LE 23 MAI 2026.